Mes chroniques ne sont jamais très actuelles. Je veux dire qu’elles sont toujours écrites longtemps après la sortie de l’album. Ce n’est pas que je découvre toujours tout en retard, mais c’est qu’un album ça se murit. C’est quelque chose que l’on doit percevoir sous différents angles, dans différents moments, et avec différents états d’esprit. Soap&Skin réussit aujourd’hui ce que rares arrivent à faire : me plonger dans l’émotion qu’ils veulent véhiculer, à tous moments. Peu importe si je suis de bonne humeur, ou déprimé. Peu importe si c’est le matin ou le soir. J’écoute et je sombre.
Lovetune For Vacuum n’est pas un album qui nécessite de parler de la forme. Ni des sons, ni des arrangements et encore moins de la voix. Tout dans cet album du point de vue technique est fabuleux. Mais le plus bouleversant c’est l’histoire que cet album nous transmet. Tout en interprétation de sentiments, et d’émotions. Et c’est de mon interprétation dont je vais vous parler.
[1. Sleep] L’album débute sur un piano, lent, lourd, oppressant. Sur lequel vient s’ajouter une voix aérienne. Féminine. Mais surtout torturée. Envoutée. Forte mais un peu effacée, comme un disque rayé et ses micro-secondes de blanc. Des violoncelles en soutien. Quelques tremblements. La peur. Un éclat de voix. La colère. Et la tristesse implicite de l’enfant apeuré mais révolté. La première chanson nous embarque dans un album enfantin, borderline, dépressif mais lumineux.
[2. Cry Wolf] En contraste avec la première chanson, minimaliste, la seconde se veut explicite. Développant le thème de l’enfance, de l’imaginaire. On y découvre des rêves, des fantaisies et des désillusions. Déstabilisé mais positif. Malgré tout.
[3. Thanatos] [4. Extinguish Me] [5. Turbine Womb] [6. Cynthia] Mais la réalité reprend le dessus. Et elle dégoute. La cadence accélère. Des aigus pressants et des graves retentissantes. C’est une course effrénée. Une fuite vers l’avant. La respiration haletante, la conscience chavire et tout explose. La course continue. Pas vers quelque chose, pour fuir. Les notes nous poursuivent où qu’on aille. Où que la chanson daigne nous emmener. Vertiges. Le sang bat dans les tempes et les poumons brûlent. Irréelle, calme, elle apaise notre souffle. Et le rictus apparaît. Dédaignant notre fuite. Dédaignant cette futilité. C’est inutile. On est piégé dans la mélodie. Dans sa mélancolie. Dans sa prison de transparence, de cristal.
[7. Fall Foliage] Nappes de brume. Le cristal se ternit et des brumes électriques nous envahissent. Le piano est rejoint par des vagues de bruits électroniques. C’est le commencement de la perte. Le début de la prise de conscience. De la haine. De la détresse. Le plongeon dans l’abyme.
[8. Spiracle] Une des plus belles chansons de l’album. On y ressent la bataille de l’enfant contre la folie grandissante. Les appels au secours, sans réponses. L’écho de sa voix dans l’antre de la solitude. Le mal. L’abandon. Et le ressentiment. Les dernières secondes d’espoir. Avant l’évanouissement. [9. Mr. Gaunt PT 1000] Interlude cotonneux, répit. Coma édulcoré. En noir et blanc.
[10. Marche funebre] [11. The Sun] [12. DDMMYYYY] Le réveil douloureux. Les noeuds dans le ventre. Et la rage au coeur. L’inconscient qui fait surface. Des samples de cris de bébés. Des violons tranchants. Des déchirements. Et une voix de cathédrale. Comme des vapeurs de poison. On est à la frontière de la misanthropie et on lutte pour garder ne fut-ce qu’une part d’humanité à défaut de son innocence.
[13. Brother of Sleep] Tout n’était que cauchemar. Une immersion. Un rêve malsain. Mais maintenant tout va bien.