La Belgique, ce  n’est pas qu’un ensemble abrupt de paysans qui chassent le sanglier et s’engueulent à propos de la hauteur de la haie séparant leur jardin de celui des voisins. Ce n’est pas que de l’indie-folk, pas que de l’electro remuante, pas que de la chanson française. C’est aussi un pop-rock sensible et émouvant.

Avec une voix juste incroyable et une musique sublime Arid me rend fier d’être Belge.

Bon, le montage est affreux, mais fermez les yeux, la chanson n’en sera que plus belle.
(Et la version acoustique live ici.)

Alors ?

Mardi 19 janvier 2010
à Bruxelles

Bruxelles est une métropole. Vivante, animée et fluctuante. On en connait les fiertés et les non-dit, on sait explicitement que la grand place est majestueuse et implicitement que Molenbeek n’est pas ce qu’il y a de mieux fréquenté. Mais ce que la plupart ignore ce sont les racines de Bruxelles. Ses fondations, ses secrets ; ses souterrains. Je ne parle pas des voies utilisées par la STIB ou par la SNCB mais des réseaux parallèles. De la cité sous la ville. – Eaux usées. Détournement. Voies condamnées. – La ville est rongée par le dessous. Par le traître, par l’infidèle, par le païen. Il ne s’agit pas de religion ni de valeurs civilisées. Il s’agit d’archaïsme, de bien et de mal. D’humains avec tout ce qu’il y a de plus bestial en eux. On pourrait pens(…)

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Je n’en peux plus. J’efface. Je ferme. J’enrage. A quoi bon écrire un constat qui ne sera même pas lu, ou alors seulement pour être réfuté ? A quoi bon essayer de prévenir ? Il n’y a pas de remède, pas de vaccin, pas d’issues. J’ai beau être de nouveau à la surface, ce gout métallique est encré en moi. Dans ma chair et dans ma peur.

Du calme. Avant de faire le point sur l’endroit, je dois d’abord comprendre le pourquoi. C’est un lieu que l’on ne découvre que si l’on y est initié… Ou entraîné de force.

J’attendais Christian…
Le coup sur la tête. Les rêves étranges. Au réveil, c’était flou, humide, très métallique, oppressant mais en même temps très lumineux. La pièce sans fenêtre, un lustre style XVIème, des parois métalliques. Ca ressemblait à une boite. J’étais sur le dos, contemplatif. Tout avait un relief étrange et un scintillement surnaturel.
Ensuite. Une femme au masque d’or qui approche, qui m’observe à travers les incisions de la parure. Elle parle, je ne comprends pas tout, je prends du temps à cerner chaque mot, à le définir. Je me souviens de quelques phrases, juste avant qu’elle ne défasse ma boucle de ceinture : « Je vais m’occuper de toi, Anthyme. Et je saurai tout, tu me transmettras tout. Tu le sais, que la femme est l’unique réceptacle de l’homme, mais tu es spécial, ne l’oublie pas ». Jouissance.
Tout était si irréel, le décor, la femme, son masque et mon plaisir aussi. Dès qu’elle a quitté la pièce une panique indescriptible m’envahit. Comme si l’on arrachait une partie de moi. Comme si mon âme disparaissait. Entrainant le coma de ma conscience et le réveil d’autre chose. D’une chose effrayante.

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Mes chroniques ne sont jamais très actuelles. Je veux dire qu’elles sont toujours écrites longtemps après la sortie de l’album. Ce n’est pas que je découvre toujours tout en retard, mais c’est qu’un album ça se murit. C’est quelque chose que l’on doit percevoir sous différents angles, dans différents moments, et avec différents états d’esprit. Soap&Skin réussit aujourd’hui ce que rares arrivent à faire : me plonger dans l’émotion qu’ils veulent véhiculer, à tous moments. Peu importe si je suis de bonne humeur, ou déprimé. Peu importe si c’est le matin ou le soir. J’écoute et je sombre.

Lovetune For Vacuum n’est pas un album qui nécessite de parler de la forme. Ni des sons, ni des arrangements et encore moins de la voix. Tout dans cet album du point de vue technique est fabuleux. Mais le plus bouleversant c’est l’histoire que cet album nous transmet. Tout en interprétation de sentiments, et d’émotions. Et c’est de mon interprétation dont je vais vous parler.

[1. Sleep] L’album débute sur un piano, lent, lourd, oppressant. Sur lequel vient s’ajouter une voix aérienne. Féminine. Mais surtout torturée. Envoutée. Forte mais un peu effacée, comme un disque rayé et ses micro-secondes de blanc. Des violoncelles en soutien. Quelques tremblements. La peur. Un éclat de voix. La colère. Et la tristesse implicite de l’enfant apeuré mais révolté. La première chanson nous embarque dans un album enfantin, borderline, dépressif mais lumineux.

[2. Cry Wolf] En contraste avec la première chanson, minimaliste, la seconde se veut explicite. Développant le thème de l’enfance, de l’imaginaire. On y découvre des rêves, des fantaisies et des désillusions. Déstabilisé mais positif. Malgré tout.

[3. Thanatos] [4. Extinguish Me] [5. Turbine Womb] [6. Cynthia] Mais la réalité reprend le dessus. Et elle dégoute. La cadence accélère. Des aigus pressants et des graves retentissantes. C’est une course effrénée. Une fuite vers l’avant. La respiration haletante, la conscience chavire et tout explose. La course continue. Pas vers quelque chose, pour fuir. Les notes nous poursuivent où qu’on aille. Où que la chanson daigne nous emmener. Vertiges. Le sang bat dans les tempes et les poumons brûlent. Irréelle, calme, elle apaise notre souffle. Et le rictus apparaît. Dédaignant notre fuite. Dédaignant cette futilité. C’est inutile. On est piégé dans la mélodie. Dans sa mélancolie. Dans sa prison de transparence, de cristal.

[7. Fall Foliage] Nappes de brume. Le cristal se ternit et des brumes électriques nous envahissent. Le piano est rejoint par des vagues de bruits électroniques. C’est le commencement de la perte. Le début de la prise de conscience. De la haine. De la détresse. Le plongeon dans l’abyme.

[8. Spiracle] Une des plus belles chansons de l’album. On y ressent la bataille de l’enfant contre la folie grandissante. Les appels au secours, sans réponses. L’écho de sa voix dans l’antre de la solitude. Le mal. L’abandon. Et le ressentiment. Les dernières secondes d’espoir. Avant l’évanouissement. [9. Mr. Gaunt PT 1000] Interlude cotonneux, répit. Coma édulcoré. En noir et blanc.

[10. Marche funebre] [11. The Sun] [12. DDMMYYYY] Le réveil douloureux. Les noeuds dans le ventre. Et la rage au coeur. L’inconscient qui fait surface. Des samples de cris de bébés. Des violons tranchants. Des déchirements. Et une voix de cathédrale. Comme des vapeurs de poison. On est à la frontière de la misanthropie et on lutte pour garder ne fut-ce qu’une part d’humanité  à défaut de son innocence.

[13. Brother of Sleep] Tout n’était que cauchemar. Une immersion. Un rêve malsain. Mais maintenant tout va bien.

Date inconnue
Lieu inconnu

Introspection.

Blanc sur fond noir. Violant, effrayant et aveuglant. Les lettres résonnent dans mon esprit, avec une sonorité différente pour chaque. Il n’y a pas de logique dans la folie humaine. Juste de l’émotion. Et de la réflexion au milieu d’un coma noir parsemé de flash, de mots, d’incompréhensions.

…Ce que je préfère en l’homme c’est sa notion incroyable de l’extrême. Cette capacité innée d’être submergé par un flot d’émotions destructrices, d’en faire son pain et d’en vivre d’une famine irascible. Je suis homme, et plus qu’être homme je suis humain. Ma vie est une recherche constante de paroxysme. Qu’il soit au sommet ou dans l’abîme. Je hais le matin mais je donnerais beaucoup pour vivre plus souvent des réveils douloureux. Des sourires amnésiques dans le café et l’amour troublé dans la fumée de cigarette. Sur la terrasse ou sur le quai de la gare, pourvu que les cheveux soient en bataille et que la sueur de l’autre s’imbibe dans la peau. J’aime les sensations émoussées et la violence du retour à la normalité. J’aime les sensations aiguisées et la douceur du retour à la normalité. Je suis en quête. Pas d’un pourquoi, ni d’un comment, encore moins d’un quand, peut-être un peu d’un qui. Mais surtout d’une finalité, peut importe l’issue tant qu’elle s’ouvre sur le haut de la falaise. Passerelle ou non. Il n’y a aucun intérêt à s’accrocher, à poser le pied sur la planche qui semble la plus sûre, à ne pas regarder le vide droit dans les yeux. Il n’y a qu’un seul intérêt dans la vie, et c’est l’aboutissement. Pourtant c’est aussi le seul à rendre tout ce qui peut contribuer à sa finalisation essentiel. Le bruit des pas dans les flaques. Le crépitements des feuilles mortes sous la semelle. La buée du souffle dans le brouillard et l’humidité qui réveille tes yeux. « …de toute façon je ne suis pour rien dans ces épanchements, ça pourrait être une autre, même pas une putain mais une poupée d’air, une parcelle d’image cristallisée, le point de fuite d’une bouche qui s’ouvre sur eux tandis qu’ils jouissent de l’idée qu’ils se font de ce qui fait jouir… » Nelly Arcan – Putain. Cette citation m’émerveille. La jouissance ce n’est pas juste baiser ta copine sans capote, c’est un rituel auquel tu n’as pas encore accès. La jouissance c’est la vie et plus tu remplis ta condition d’humain, ta condition d’humain-animal, d’humain-bestial, tu pourras accéder à la véritable plénitude. Celle qui est née de l’intellect mais qui l’abandonne comme la pire des tares. Si tu vis au plus fort, à la frontière de ce qui est accepté et de ce que l’on ne dit pas, que ce soit dans ta vie sexuelle ou même dans ton quotidien, tu pourras atteindre des hauteurs vertigineuses. Mais le prix, avant ça, ce sont les crevasses abyssales. « Vous qui entrez, laissez toute espérance. » Dante – La Divine Comédie. J’essaye de suivre l’implicite. Du gémissement au hurlement, de ta vie à la mienne il ne s’agit pas de choisir une seule route, il s’agit de toutes les prendre. En même temps.

Omniscience aveugle. Flash, convulsions, sueurs et coma blanc.
I n t r o s p e c t i o n .

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